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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

Blog d'analyse sur le monde arabe

Vies et morts d’Al Qaïda

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L’actualité récente rappelle, une fois de plus, à notre mauvais souvenir l’existence d’une organisation terroriste à « vocation planétaire », Al Qaïda, dont la propagande verbeuse et les actions dispersées sur les différents théâtres du jihad, sans coordination centrale, trahissent surtout des desseins devenus confus.

Qu’ils s’agissent de l’enlèvement de ressortissants français au Niger détenus par Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), de l’avertissement adressé par Oussama bin Laden à la France,  ou des deux colis explosifs découverts à Doubaï et en Angleterre sur des vols en partance du Yémen à destination des Etats-Unis, Al Qaïda « commandement central » ou ses « franchises » établies au Yémen, Al Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA), ou au Sahel, AQMI, constituent toujours un évident sujet de préoccupation en matière de sécurité.

A l’observation de ces faits récents, un néophyte pourrait aisément conclure qu’Al Qaïda est particulièrement active et, sans doute, beaucoup trop au goût des services de sécurité. Le diplomate Jean-Pierre Filiu, arabisant détaché à la chaire Moyen-Orient de Sciences-Po, devenu un spécialiste incontournable de l’organisation terroriste, propose une vision alternative. Selon lui, Al Qaïda serait moribonde et les quelques "faits d’armes" qu’elle nous propose s’apparenteraient plus à des spasmes cadavériques qu’à l’élan triomphal du jihadisme planétaire.

Dans le mensuel La revue, daté d’octobre 2010, Filliu vulgarise les thèmes qu’il a développés dans son dernier ouvrage de référence : Les Neuf vies d’Al Qaïda. Faisant mentir  la Phèdre de Racine : « on ne voit point deux fois le rivage des morts », l’auteur établit que huit fois défaites, l’organisation a malheureusement déjà su renaître neuf fois sous une forme différente. Il conclut son propos de manière positive en espérant que, sauf à craindre un rebond au Pakistan, Al Qaïda entame un déclin inéluctable.

Sur quoi se fonde son diagnostic prédisant enfin l’ultima linea de l’organisation terroriste ?

1/ Le sinistre bilan d’Al Qaïda sur l’année écoulée établit que la majorité des ses victimes sont des musulmans, pour la plupart civils, tués en Irak et au Pakistan. Au passif de ce bilan, la majorité des attentats perpétrés contre l’ « Occident infidèle » a lamentablement échoué.

La distorsion entre le discours d’Al Qaïda (l’organisation ne tue pas de musulmans) et la réalité de son action est bien documentée. Sur une période récente, un rapport du Combating Terrorism Center de West Point, rédigé en décembre 2009, dresse des conclusions sans appel sur la surreprésentation des victimes musulmanes dans les rangs des cibles d’Al Qaïda :

- entre 2004 et 2008, 85 % des victimes sont musulmanes et 15% occidentales ;

- entre 2006 et 2008, le ratio s’établit à 98% de victimes issues d’un pays musulman contre 2% originaires d’un pays occidental.

Cette donnée explique en grande partie le rejet d’al Qaïda par la communauté des musulmans,  un échec majeur, et la désaffection de certains de ses partisans.

On sait depuis l’Agent secret de Joseph Conrad que les idiots peuvent être des terroristes, on est plus rassuré d’apprendre que les terroristes peuvent être des idiots qui manquent leurs cibles ; d’où le peu d’efficacité des attentats contre les intérêts occidentaux.

C’est le sens d’un article paru dans The Atlantic en août 2010  qui définit une nouvelle catégorie celle des «  jihadiots » et met en évidence une perception erronée du terroriste bien entraîné et déterminé tel qu’on a pu le concevoir après les attentats du 11 septembre. Au-delà des échecs connus de tentatives de faire imploser des avions en vol, les auteurs montrent que dans les rangs des Taliban un volontaire au suicide sur deux se tue avant même de commettre l'attentat qu'il projette. Quant à l’image d’inflexible piété des moines guerriers du jihad, elle est écornée par le matériel informatique capturé en Afghanistan : les térabits de matériel pornographique contenus dans ces ordinateurs n’ont jamais eu vocation à dissimuler des messages cryptés.

2/ Sur ces territoires d’implantation, Al Qaïda n’est plus capable d’infléchir politiquement le cours des événements. L’organisation lutte pour sa survie, c’est l’explication d’actions devenues essentiellement vindicatives à la suite de la mort d’un de ses dirigeants ou  d’une répression réussie par les forces de sécurité : attentat contre la CIA à Khost, attaques contre les forces de sécurité en Irak et au Yémen. Enfermée dans un monologue entre elle-même et ses partisans, l’organisation n’a de fait plus aucun poids politique nulle part.

3/ Al Qaïda est désormais contrainte de mobiliser, ou de « récupérer » a posteriori,  des activistes musulmans installés dans les pays occidentaux dont la plupart n’ont jamais connus les camps d’entraînement d’Afghanistan ou du Yémen.

Autoradicalisés, ces Britanniques d’origine pakistanaise ou Américain d’origine palestinienne, s’ils sont plus diplômés que leurs homologues afghans ou yéménites n’en sont pas moins incapables techniquement de commettre des attentats. Toutes les tentatives de ces « loups solitaires » labellisés Al Qaïda de propager le djihad sur et à partir du territoire occidental ont jusqu’ici échoué.

4/ L’activisme d’Al Qaïda en Irak (AQI) dissimule en réalité l’action d’anciens baathistes ou d‘insurgés sunnites qui s’arrangent de la marque Al Qaïda tant qu’elle peut leur servir. Al Qaïda y trouve également son compte puisque leurs attentats spectaculaires nourrissent sa légende noire.

L’échec d’Al Qaïda en Irak est bien documenté ; il  procède de son incapacité à rallier et comprendre la population, du tarissement de ses finances et de ses difficultés à recruter suffisamment de volontaires étrangers motivés, d’un fonctionnement bureaucratique inefficace, des tensions ente les chefs locaux et de l’action conjointe des forces irakiennes de sécurité, des milices supplétives sunnites et des troupes de la coalition.

 De fait, les deux acteurs de la scène politique irakienne qui ont le plus pâti du changement de régime, baathistes et plus globalement les sunnites, se sont engagés dans la lutte armée sous faux pavillon Al Qaïda, dans l’attente d’une éventuelle réintégration.

  5/ La perte d’attractivité de l’organisation en raison de l'absence de magistère spirituel de son encadrement, auquel manque d’être véritablement versé dans les écrits coraniques. La majorité des cadres sont en effet des scientifiques ou des techniciens n’ayant jamais suivi d’études religieuses ; le gros des troupes n’a, quant à lui, aucune culture.

 6/ La perte de légitimité du discours. Al Qaïda ne peut plus compter sur le soutien doctrinal des grands penseurs salafistes rentrés dans le rang, notamment en Arabie saoudite où ils ont fait allégeance au régime et délégitiment le recours au jihad prôné par Al Qaïda. Déjà condamnés au monologue, les dirigeants d’Al Qaïda s’enferment dans une rhétorique qui n’a plus aucun caractère universel mais sert seulement à justifier leurs actions auprès de leurs partisans.

7/ La territorialisation du combat jihadiste qui en Iraq, qui au Yémen ou au Maghreb provoque l’essoufflement d’une organisation dont le recrutement se tarit. Il est en effet plus difficile de motiver idéologiquement des activistes en Algérie pour s’attaquer aux forces de sécurité en Kabylie (l’ennemi proche) que de recruter des volontaires pour combattre les troupes américaines en Iraq (l’ennemi lointain).

 

 

 

 

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DRT 09/11/2010 18:52



Quand Oussama ben Ladden apparut le 29 octobre 2004, je pensais à une plaisanterie,
tellement la barbe semblait retouchée : serait-ce un montage de série B pour élections présidentielles ? Vit-il encore ? Si oui, qui sont ses puissants amis ? C’était donc en 2004



Maintenant, la pénombre règne : Muammar al-Gaddafi est-il devenu sage ? Le
Pakistan souffre-t-il durement ? La logique de la prospérité dissuasive neutralise-t-elle la révolte ?


Qui veut Quoi ? Qui Peut Quoi ?  


La Libye, aujourd’hui, aime les échanges, la Bourse, le football, la tranquillité,
etc. : Quel pays n’aspire pas à devenir une entreprise
multinationale florissante et patriotique ?


La diplomatie et ses réseaux ne sont-ils finalement pas une agence
commerciale ?


Le corps ne prévaut-il pas sur l’esprit ? D’où cette soif mondiale du confort
matériel au détriment du sacrifice.


Où sont les priorités ? Où sont les souterrains …



Quelqu’un qui constate que la FIFA est un modèle du genre en tant qu’organisation internationale.