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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

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S’intéresser au sultanat d’Oman, pourquoi pas ?

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Perdu aux confins méridionaux de la Péninsule arabique, le sultanat d’Oman semble l’être tout autant dans les préoccupations des médias français. L’intérêt des autorités françaises n’apparaît d’ailleurs guère plus marqué : deux visites de chefs de l’Etat en 17 ans (1992, 2009).

A l’inverse, épisodiquement, la presse anglaise ravive la mémoire de ses lecteurs pour ce qui fut un protectorat britannique établi entre 1892 et 1971.  Empathie pour les monarchies, les bédouins et les inextricables problèmes de succession oblige. Bien qu’elle ne soit pas à l’ordre du jour, et encore moins géopolitiquement sensible, la succession du sultan Qabous bin Saïd Al Bou-Saïd, dit Qabous, est un sujet d’interrogation fréquent outre-Manche (Financial Times du 5 octobre 2010 : « Sultan keeps Oman guessing over successor » pour la dernière occurrence).

Seulement âgé de 70 ans, a priori en bonne santé, le sultan Qabous, au pouvoir depuis 40 ans, a toutes les chances de survivre à nombre des gérontocrates qui siègent à ses côtés au sein du Conseil de Coopération du Golfe : Aballah d’Arabie, 87 ans, Sabah al-Ahmed du Koweït, 81 ans, Saqr al Qassimi de Ras al Khaïmah, 92 ans, incapable de régner…

Sa succession relève d’une part de mystère, pour qui s’y intéresse évidemment. Le sultan Qabous, Alcibiade moderne, le goût de la philosophie en moins, n’a malheureusement pas de descendance directe. La loi fondamentale omanaise dispose que son successeur doit être un homme descendant du l’ancien sultan de Mascate et d’Oman, Turki bin Saïd (1871-1888). Conformément à l’usage des monarchies du Golfe, peu enclines, probablement dans un souci d’efficacité, à consulter les corps constitués, il appartiendra à la famille régnante des Al Bou Saïd de choisir l’héritier d’une dynastie au pouvoir depuis le milieu du XVIIIème siècle.

Au dénouement fatal, en l’absence d’un compromis familial, c’est le sultan défunt qui paradoxalement  aura le dernier mot. Non pas sous l’aspect de la statue du commandeur mais sous la forme d’un testament dans lequel le sultan Qabous mentionnerait sa préférence pour l’un des membres de sa famille. Deux copies seraient d’ores et déjà rédigées et conservées, l’une à Mascate, l’autre à Salalah, ville natale du sultan et capitale du Dhofar où Qabous fut assigné à résidence par son père avant qu’il ne détrône ce dernier.

C’est sans doute cette part de mystère, bien qu’hypothétique puisque nul ne sait si la lettre existe, qui peut susciter l’intérêt pour une succession qui, au-delà de son caractère tabou en Oman et peu éminent, n’intéresse pas même les Omanais. Dans ces conditions, égrener le nom de successeurs potentiels relève plus de l’exercice de style académique que d’impératifs d’actualité, d’autant que la notoriété des intéressés ne dépasse pas les frontières du sultanat.

Dès lors, pourquoi s’intéresser à Oman ?

Oman n’est ni un géant pétrolier, ni une puissance financière. Le PNB du sultanat avoisinait 50 milliards de dollars en 2009 (Arabie saoudite : 370) ; sa production de pétrole est faible : 800 000 barils/jour ; ses réserves limitées : 5,5 milliards de barils (1% des réserves totales du Moyen-Orient) et sa production de gaz insuffisante pour couvrir des besoins croissants. Pour compenser l’attrition de ses réserves, Oman peut, certes, exploiter des gisements jusqu’ici délaissés, mais ils nécessiteront de lourds investissements financiers.

Oman est en réalité un sujet d’intérêt diplomatique. Petits pays non aligné, aux ambitions moyennes, sans tentations belliqueuses, le sultanat est un passeur entre les deux rives, celles du Golfe arabo-persique s’entend. Mascate entretient en effet des relations cordiales avec l’Iran à une époque où cela ne constitue ni une facilité, ni un brevet d’honorabilité.

 Episodiquement, Oman apparaît ainsi dans l’actualité diplomatique au titre de ses efforts de conciliation engagés entre l’Iran et l’Occident. Mascate est ainsi intervenue dans les négociations pour la libération, en septembre 2010, d’une touriste américaine détenue en Iran et s’efforce de parvenir aux mêmes résultats au profit de trois autres randonneurs américains également incarcérés en Iran.

Ces relations bilatérales privilégiées se fondent d’abord sur une proximité géographique et sur des liens historiques que n’ont pas affectés les turbulences politiques survenues en Iran. Oman n’oublie pas l’aide apportée par Téhéran pour mettre un terme à rébellion séparatiste communiste du Dhofar (1965-1976). Certes, le régime iranien a depuis changé de nature, mais sans que l’avènement d’une République islamique n’altère profondément les liens entre les deux pays.

Pendant la guerre Iran-Iraq (1980-88), le sultanat est resté neutre, au moment où ses voisins s’alignaient aux côtés de Baghdad, et il est l’artisan du lancement des négociations de paix engagées entre les deux ex-belligérants en 1994. Symboliquement, le sultan sera le premier chef d’Etat à féliciter Mahmoud Ahmadi-Nejad après son élection décriée en 2009 puis à lui rendre visite. L’année 2010 enregistre même une densification de la coopération et le lancement de projets bilatéraux énergétiques et industriels.

Ainsi, la diplomatie omanaise, pragmatique et de facto contrainte par la petitesse du pays à ne pas s’aliéner ses puissants voisins, mérite-t-elle d’être suivie, autant qu’on peut le faire de son pendant qatari, plus gesticulatoire et mieux médiatisé. Outre le rôle de médiateur que peut jouer Mascate entre l’Iran et l’Occident, le sultanat n’est pas étranger à des problématiques plus larges : la piraterie maritime, un éventuel rebond du terrorisme islamique dans le Golfe par contagion en provenance du Yémen voisin et, en tout cas, sera sans doute incontournable en cas de résolution militaire du différend nucléaire iranien.

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Rubert 25/10/2010 19:37


Cher Monsieur TEL,
Comme dirait le richissime mais néanmoins généreux Sultan Qaboos bin Said Al Said, Oman a beaucoup d'avenir ... un peu de patience, n'est-ce pas Fabrice di Falco ? Mais si le Sultanat n'exporte
plus d'essence en Iran, serait-ce le début de grands problèmes ?
Quelqu'un qui ne souhaite pas qu'Oman ressemble à la Suisse, à Monaco ou à un repaire de dangereux personnages ... mais plutôt à une belle campagne agricole.