Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

Blog d'analyse sur le monde arabe

Premier tour des élections législatives à Bahreïn : quels enseignements ?

com

Le 23 octobre, premier tour des élections législatives à Bahreïn, les 18 candidats présentés par le bloc chiite, le mouvement d’opposition Al Wifaq al Watani (Accord national islamique), ont tous été élus au sein de la chambre des députés forte de 40 membres. Les pro-gouvernementaux "sunnites" remportent 13 sièges, dont 2 pour les islamistes, tandis que 9 circonscriptions sont en ballotage (second tour le 30 octobre).

 

Il s’agissait des troisièmes élections législatives au « Royaume des deux mers », après celles de 2002 et 2006, organisées à la suite des réformes de 2002 établissant une monarchie constitutionnelle.

 

Faisant mentir la location latine « Cujus regio, ejus religio », Bahreïn est majoritairement peuplé de chiites arabes ou perses, population originelle de l’île, mais gouverné par une dynastie sunnite, d’obédience wahhabite, les Al Khalifa, au pouvoir depuis la fin du 18ème siècle. Ce découplage détonnant est la source de relations tendues, longtemps sanglantes, entre une élite sunnite qui accapare tous les pouvoirs et les deux tiers de la population discriminée politiquement, économiquement et socialement.

 

L’opposition chiite, conduite par son chef charismatique, cheikh Ali Salman, gagne un siège par rapport au Parlement sortant, élu en 2006. A qui la victoire ?

 

La bonne performance électorale des chiites est indéniable puisque Al Wifaq avait limité le nombre de ses candidats à 18 et qu’ils sont tous élus dès le premier tour. Néanmoins, même avec l’appui, comme c’est le cas au sein du Parlement de 2006, d’un député indépendant, les chiites ne seront pas majoritaires.

 

C’est également un succès pour le gouvernement. Les élections se sont déroulées dans des conditions sécuritaires satisfaisantes et la contestation des résultats est finalement marginale. Surtout, le gouvernement conduit depuis 39 ans par cheikh Khalifa bin Salman, le plus ancien chef de gouvernement en exercice au monde sans avoir jamais élu,  ne peut être accusé d’avoir truqué des résultats favorables à l’opposition.

 

Le taux de participation est très élevé : 67% ; malgré l’appel au boycott de certains responsables chiites et le retour, depuis le mois d’août, à des scènes d’insurrection chiite. A cet égard, c’est une victoire morale et médiatique pour le gouvernement. Elle le sera également politiquement puisqu’aux 13 sièges des députés sunnites pro-gouvernementaux déjà élus, islamistes compris, s’ajouteront probablement 8 des 9 restés en suspens.

 

Sans surprise, c’est aussi un triomphe de l’islamisme. Les formations islamistes sunnites et chiites totalisent d’ores et déjà 50% des sièges (20 sièges sur 40) et 6 ou 7 islamistes sunnites devraient être élus au second tour. Le vote islamiste sunnite étant, d’ailleurs, favorisé par l’octroi du droit de vote à des résidents saoudiens tandis qu’une partie des chiites résidant à Bahreïn est privée de la nationalité et du droit de voter.

 

Plus important, il faut rapporter ces résultats électoraux aux pouvoirs de la chambre des députés et à sa place dans l’édifice institutionnel du Royaume pour évaluer s’ils sont significatifs. Dans les faits, la chambre basse, élue au suffrage universel, dispose de pouvoirs limités. Le gouvernement n’est pas, contrairement à son équivalent koweïti, responsable devant les députés. Ce que les députés peuvent faire,  les membres de la chambre haute, le Conseil consultatif, nommés par le Roi, peuvent le défaire en opposant leurs vetos aux propositions des députés.

.

Dans ces conditions, quand bien même les chiites auraient remporté la majorité des sièges ; ils n’auraient pas, en l’absence d’un rôle accru de la chambre basse, beaucoup de choses à en attendre.

 

Plus que les élections, l’échéance la plus sensible est celle de l’ouverture prochaine du  procès de 23 activistes chiites accusés de complot contre l’Etat. Le gouvernement n’a jusqu’ici apporté aucune précision sur le fondement de ses accusations portées contre une vingtaine de personnes singularisée parmi les quelque 250 chiites arrêtés depuis le mois d’août.

 

Ce nouveau rendez-vous entre une monarchie, bahreïnie depuis seulement deux siècles, et  une classe de la population, bahreïnie depuis toujours, sera autrement plus difficile si jamais le procès incriminait les accusés de manque de loyauté et d’intelligence avec une puissance étrangère, en l’occurrence l’Iran.  

 

En effet, l’enjeu le plus important pour le roi Hamad n’est pas tant que les chiites se sentent Bahreïnis, ils le sont ; ou bien qu’ils défendent leur pays, c’est acquis ; mais surtout, c’est qu’ils deviennent des sujets fidèles.  

 

 

Print
Repost

Commenter cet article

Rubert 25/10/2010 19:53


Monsieur TEL,
Bahreïn, riches Sunnites, pauvres Chiites : Un peu, notamment, comme les Mandchous et les Han, sans oublier l'Irak et ses persécutions internes ... qui Vaincra qui sous fond d'Unification ? Encore
le Temps qui décidera.
Merci pour votre éclairage expert.
Quelqu'un qui n'apprécie pas les origines qui divisent ...


Abou Anaïs 26/10/2010 16:06



Merci de vos commentaires, ce sont les premiers qui me sont adressés. Cordialement, en espérant vous compter parmi mes lectrices ou lecteurs fidèles.