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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

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Libye : le conseil national transitoire

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Le 29 mars, le groupe de contact, instance politique des membres de la coalition “Aube de l’Odyssée”, recevra à Londres, les représentants de l’opposition libyenne réunis au sein du Conseil National Intérimaire.

A l’issue de sa première réunion, le 27 février, le Conseil national intérimaire refusait l’étiquette de gouvernement provisoire et affirmait la seule ambition de guider la « Révolution », aux plans politiques et militaires, dans l’attente de la chute du régime Qaddafi, de l’organisation d’élections libres et de la rédaction d’une Constitution.

Ce conseil, dont la légitimité a été reconnue par quelques Etats (France, Italie, Qatar...), est l’objet de fréquentes  interrogations :

- sa place et son rôle exacts dans la nébuleuse des organisations « révolutionnaires » qui ont émergé en  Cyrénaïque : conseils révolutionnaires de quartiers, Conseil de la ville de Benghazi, Conseil de gestion de crise, organisations des Shebab (jeunes)….

- sa composition exacte ; l’affiliation politique de ses membres ; leurs affinités islamistes ; la réalité et l’intensité de leurs liens avec le régime Qaddafi…

- la représentativité du Conseil national intérimaire au-delà de la seule Cyrénaïque ;

- l’existence d’une tentation autonomiste au profit de la Cyrénaïque pour certains de ses membres.

 

Le Conseil National Intérimaire (CNI), a priori nouvelle dénomination du Conseil National Transitoire Intérimaire fondé le 5 mars à Benghazi, compte, selon son site internet (site du ITNC), 31 membres, dont seuls 12 sont clairement identifiés. Pour des raisons de sécurité, l’identité des représentants d’Ajdabiya, Koufra, Ghat, Nalut, Misrata, Zintan et Zawiya n’a pas été dévoilée. Les rangs du Conseil devraient prochainement s’élargir après la nomination de représentants de la Tripolitaine, du Sud et du Centre de la Libye, quand ces régions seront libérées.

Parmi les membres clairement identifiés, on distingue :

- Mustafa Abdul Jalil Foudaïl, son président, ancien ministre de la justice de Qaddafi (de 2007 au 21 février 2011). Le politologue libanais Asad Abou Khalil le qualifie d’islamiste et dénonce sa proximité avec le colonel Qaddafi.(The Angry Arab News Service/وكالة أنباء العربي الغاضب  : Military Intervention in Libya: for a categorical rejection of NATO/Saudi intervention)

- Mahmoud Jibril, ancien président du Conseil national de développement économique, chargé des affaires étrangères au sein du Conseil. Jibril a ainsi rencontré Nicolas Sarkozy, Hillary Clinton…

- Ali Al-Assawi, ancien ministre de l’Economie, du commerce et des investissements (2006-2009) ; ambassadeur en Inde jusqu’au 21 février 2011. Assawi est chargé des liaisons internationales aux côtés de Jibril.

- Abdel Hafez Abdel-Qader Ghoga, représentant Benghazi, vice-président et porte-parole du Conseil. Ghoga est un avocat, militant des droits de l’Homme, ancien président du barreau libyen arrêté le 19 février 2011, avant d’être libéré. Fondateur d’un Conseil transitoire distinct de celui de Jalil, il l’a ensuite rejoint comme vice-président au début du mois de mars.

- Omar Al-Hariri, chargé des affaires militaires, révolutionnaire historique ayant participé au coup d’Etat de 1969 ; auteur d’une tentative de renversement de Qaddafi en 1975 ; condamné à mort, gracié en 1990 et placé en résidence surveillée à Tobrouk.

- Ahmed Al-Sharif Al-Zoubair Al-Sanoussi, chargé des prisonniers politiques. Condamné à la prison à vie en 1970, à la suite d’une tentative de coup d’Etat, il a été libéré en 2001.

- Fathi Mohammed Baja, représentant Benghazi, professeur de sciences politiques, membre du conseil municipal de Benghazi et de la « Coalition révolutionnaire du 17 février ».

- Fathi Tirbil, avocat de 38 ans, figure emblématique de la rébellion, représentant la jeunesse, (Le Monde, 20 mars 2011, Libye : l’homme qui a fait le printemps). Fathi Tirbil est l’avocat des familles des victimes de la prison d’Abou Salim, prison de Tripoli où plus d’un millier de détenus a été tué en juin 1996. Le 17 février, date du début de la rébellion à Benghazi, est la date anniversaire d’un rassemblement des familles de ces détenus, interdit, dans la même ville en 2006.

 

- Salwa Fawzi Al-Deghali, représentant les femmes;

- Othman Souleiman Al-Megrahi, représentant Batnan ;

- Ashour Hamed Bou Rachid, représentant Darna ;

-  Abdallah Moussa Al-Meyhoub, représentant Qaouba ;

- Ahmed Abdulraba Al-Abbar, représentant Benghazi

Le général Abdul Fattah Younis Al-Oubeïdi, ministre de l’intérieur jusqu’à son ralliement à la rébellion le 22 février 2011, apparaît également être membre du Conseil, même s’il ne figure pas sur la liste. Il a à ce titre eu un contact téléphonique avec Alain Juppé (Libye : entretien téléphonique entre Alain Juppé et Abdel - Fattah Younis ( 5 mars 2011)). Le quotidien Ash Sharq al Awsat le présente comme chef du Conseil militaire, une faction interne au Conseil National (Libyan opposition: Gaddafi running out of options), et chef des forces armées de la rébellion.

Younis occuperait ainsi des fonctions identiques à celles d’Omar Al-Hariri. Pour ajouter à la confusion, Khalifa Heftir, est également présenté comme  le chef militaire de la rébellion (Le Figaro, Benghazi respire et attend les frappes étrangères, 18/03/11). Heftir, est l’ancien commandant des troupes libyennes pendant les aventures de Tripoli au Tchad dans les années 1980, brouillé avec Qaddafi, il était, jusqu’à récemment, en exil depuis une vingtaine d’années aux Etats-Unis.

Ali Zidane et Mansour Saïd Al-Nasser, présents à Paris le 23 mars, à l’invitation de Bernard-Henri Lévy, ne sont pas membres du Conseil, même s’ils ont été présentés comme tels, mais des émissaires. (Le Figaro, L'opposition libyenne plaide sa cause à Paris, 24 mars)

L’ancien représentant libyen auprès de la Ligue des Etats arabes, Abdul-Monem Al-Houni, est également présenté comme un membre important du Conseil National où il serait chargé des relations avec les pays arabes (Ash Sharq al-Awsat, Libyan rebels call for Arab support)

Ali Aujali, ancien ambassadeur de Libye aux Etats-Unis, est mandaté pour représenter le Conseil auprès de l’administration américaine, aux côtés d’Abdelrahman Shalgam, ancien représentant libyen à l’ONU.

Le Conseil national intérimaire est traversé de tendances distinctes : sécularistes (avocats et défenseurs des droits de l’Homme) ; islamistes ; nostalgiques de la royauté ; représentants des tribus. Certains de ses membres ont longtemps occupé des responsabilités au sein du régime de Qaddafi, ce qui restreint leur légitimité populaire et limitera probablement l’adhésion de la jeunesse libyenne au Conseil national s’il devait devenir le futur exécutif libyen.

Le Conseil prône le multipartisme, la transparence, la démocratie, l’unité territoriale sans qu’il soit pour l’heure possible de juger de la réalité de ce discours tant qu’il ne sera pas traduit en mesures concrètes. Le caractère purement transitoire du Conseil n’est pas non plus assuré : Abdul Jalil, son chef, ayant annoncé son ambition de promouvoir le Conseil au rang de gouvernement ; Mahmoud Jibril a également annoncé, le 22 mars, qu’il prenait la tête d’un gouvernement transitoire.

 Toutes ces inconnues trouvent leur origine dans l’héritage du régime Qaddafi en Cyrénaïque : le contrôle étroit de la région, et du pays, par les affidés du Régime et par les comités révolutionnaires (Révolution de 1969) dont les responsables ont rapidement fui la zone à mesure des premières victoires des rebelles, laissant aux chefs insurgés un territoire dépourvu d’organisation politique viable ; à charge pour eux, de meubler le vide dans la précipitation.

 

 

BBC, Key figures in Libya's rebel council, 10/03/2011

POMED, POMED Notes: Press Conference for Libyan Outreach Group, 13/03/2011

The New York Review of Books, Zero Hour in Benghazi

Le Monde, Qui sont les insurgés libyens ?, 24/03/11

 

 

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