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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

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Nouri al Maliki à Téhéran : passage obligé ou nécessité électoraliste ?

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Le 18 octobre 2010, le premier ministre iraquien en exercice, Nouri al Maliki,  a effectué une visite officielle à Téhéran pour notamment y rencontrer le Guide Suprême de la Révolution Ali Khameneï, véritable chef de l’Etat iranien ; le président de la République islamique Mahmoud Ahmadi-Nejad et Mouqtada as Sadr, le chef d’une faction chiite radicale représentée au parlement iraquien.

 

Depuis les élections législatives du 7 mars 2010, l’Iraq partage un point commun avec la Belgique : l’incapacité pour les blocs politiques issus de ce suffrage de rassembler suffisamment de députés pour former une coalition  gouvernementale.

 

Le paysage politique tel qu’il se dessine depuis les élections est en effet pour le moins confus :

 

- la coalition qui a remporté le plus de siège, Al Iraqiya, est dirigée par l’ancien premier ministre Ayad Allawi, chiite laïque mais chef d’une plateforme politique qui rassemble surtout des sunnites,  ces derniers étant évincés de la scène politique depuis la chute de Saddam Hussein. Allawi peut compter sur 91 élus dans une assemblée de 325 et refuse l’éventualité du maintien de Nouri al Maliki au poste de chef du gouvernement.

 

- Nouri al Maliki, chef de la Coalition de l’Etat de Droit, compte 89 élus dans le nouveau Parlement, et s’est allié avec un rassemblement de partis chiites, l’Alliance Nationale Iraquienne, qui compte 70 élus, pour former l’Alliance Nationale. Maliki a annoncé la formation prochaine d’un gouvernement ce qui suppose qu’il puisse compter sur au moins 163 députés.

 

- l’Alliance Nationale Iraquienne, officiellement alliée à Maliki, rassemble 40 députés issus de la mouvance de Mouqtada as Sadr qui a annoncé, le 1er octobre, son ralliement à Maliki et 18 élus membres du Conseil Suprême Islamique en Iraq. Contribuant à la confusion générale, cette dernière formation est dans le même temps engagée dans des tractations avec Ayad Allawi au profit de la candidature de l’un de ses dirigeants, Adel Abdel-Mahdi, actuel vice-président de la République, au poste de Premier ministre.

 

- les Kurdes, tous partis confondus, forment un bloc de 57 députés qui seront incontournables pour la formation du prochain gouvernement. Dans l’immédiat, ils n’ont pas fait le choix d’un candidat ou d’un autre, mais formulé des exigences sur une autonomie renforcée de la Région kurde qu’il appartiendra à Maliki ou à Allawi de satisfaire pour remporter leur soutien.

 

Pour en revenir au déplacement du premier ministre Maliki à Téhéran, il peut évidemment être interprété comme un passage obligé pour recueillir l’investiture de la République islamique ; l’Iran jouant, dans ce cas, le rôle d’un kingmaker dont l’influence sur la scène politique iraquienne serait incontournable.

 

La réalité est sans doute plus nuancée : Maliki et le régime iranien trouvent un avantage partagé à l’assentiment de la candidature, plus que l’adoubement, de l’actuel premier ministre par Téhéran.

 

L’Iran parce qu’elle voit son influence concrétisée, au moins sur le plan médiatique. Après la visite d’Ahmadi-Nejad au Liban, Téhéran peut se poser, une nouvelle fois, comme un acteur incontournable dans la gestion des crises politiques au Moyen-Orient. La visite de Maliki lui offre de plus une nouvelle tribune pour dénoncer l’occupation américaine rendue responsable de la déstabilisation iraquienne.

 

L’influence iranienne en Iraq est certes une donnée ancienne, mais elle a surtout revêtu l’aspect d’une ingérence déstabilisatrice plus qu’une contribution positive à l’évolution de son voisin arabe. Ayad Allawi a ainsi récemment de nouveau dénoncé cette ingérence délétère. Le régime iranien n’est pas le deus ex machina qui façonnerait l’avenir politique de l’Iraq ; son influence s’exerce sur la mouvance de Mouqtada as Sadr et partiellement sur le Conseil Suprême Islamique en Iraq (CSII).

 

Téhéran poursuit ses menées perturbatrices, dont l’Iraq est l’un des laboratoires, en tentant d’empêcher la conclusion d’accords de sécurité qui accorderaient un rôle majeur à Washington, après le retrait de 2011,  ou pire, des facilités pour conduire une attaque à partir du territoire iraquien. Au-delà, Téhéran poursuit un objectif traditionnel : contenir la menace que ferait peser sur sa sécurité un Iraq trop indépendant, trop nationaliste et trop sunnite. D’où la nécessité pour le régime iranien  de compter des partisans dans le futur exécutif iraquien.

 

Téhéran cherche également à renforcer des liens économiques de plus en plus étroits avec l’Iraq et d’affermir sa position largement bénéficiaire dans les échanges entre les deux pays : source de revenus mais également moyen possible de contourner ou d’alléger les sanctions qui frappent l’économie iranienne. Lors de sa visite à Téhéran, Maliki a appelé l’Iran à participer à la reconstruction du pays, Téhéran ne pouvant être que sensible à cette demande qui lui offre un nouveau vecteur pour propager son influence et nuire aux intérêts américains.

 

De son côté, Maliki a besoin du régime iranien pour bénéficier de sa capacité de pression sur le CSII, dont le numéro deux, Adel Abdel-Mahdi, n’exclut pas de prendre la tête du gouvernement, même si la formation trop longtemps identifiée comme pro-iranienne a perdu beaucoup de son poids politique et qu’elle apparaisse beaucoup moins dépendante de Téhéran.

 

Par contre, le ralliement de Mouqtada as Sadr, présent dans la ville sainte de Qom depuis deux ans pour y poursuivre des études religieuses destinées à lui offrir une légitimité religieuse qui lui fait défaut, est le produit de pressions iraniennes. D’où l’inquiétude de Washington de voir réapparaître des ministres sadristes au sein du gouvernement, cette mouvance ayant été à l’origine de violentes attaques contre les troupes de la coalition en 2004 puis responsable de la violence sectaire de 2006 et 2007, d’autant que le contenu du marché négocié entre Malili et Sadr n’est pas connu. Plus globalement, le spectre d’un gouvernement chiite, excluant les sunnites, et instrumentalisé par l’Iran et la Syrie réapparaît.

 

L’appui de Téhéran à sa candidature, bien qu’il soit nécessaire, ne sera pas suffisant à Nouri al Maliki  pour former une coalition gouvernementale viable. Le premier ministre en exercice ne pourra pas gouverner sans recueillir le soutien d’au moins une partie des sunnites et des Kurdes.  Pour atteindre cet objectif, Téhéran ne lui est pas d’une grande utilité.

 

 

 

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Rubert 25/10/2010 19:26


Bonjour Monsieur TEL,
L'Irak semble un berceau de la ... métaphysique : Qu'est-ce qu'un Pays ? Qu'est-ce que le Nord, le Sud, sans oublier le Centre ? Et une Frontière, finalement, c'est quoi ? Sans oublier : un Peuple,
qu'est-ce que c'est ?
L'Irak, cette belle réserve pétrolière de Mésopotamie sous l'emprise de la malédiction de Babylone ...
Merci pour votre sensibilité envers ce Trésor de civilisation.
Quelqu'un qui aime le Destin ...