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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

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La chute du « Huit de Pique » : Tarek Aziz condamné à mort

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Le 26 octobre, la Haute cour pénale irakienne a condamné à mort l’ancien bras droit de Saddam Hussein, Tarek Aziz, pour son « rôle dans l’élimination des partis religieux » sous le régime baathiste.

 

Les considérants du jugement, quelque peu sibyllins, semblent faire référence à la répression sanglante orchestrée contre les chiites irakiens à la suite d’un attentat manqué contre Saddam Hussein en 1982, dans la ville de Doujaïl. Au moins 140 prisonniers avaient ensuite été torturés et exécutés dans une prison de Baghdad.

 

Contrairement aux pratiques d’un régime qu’il a longtemps servi, Tarek Aziz peut faire appel de sa condamnation et devra attendre nolens volens la confirmation de la sentence par le Conseil présidentiel (Présidence collégiale iraquienne).

 

Egalement condamnés à mort : le général Abid Hamid Mahmoud al Tikriti (l’ « As de Carreau » du jeu de cartes distribué aux soldats de la coalition pour identifier et capturer les responsables iraquiens), ancien secrétaire particulier et conseiller à la sécurité nationale de Saddam Hussein capturé en juin 2003 et Saadoun Shaker Mahmoud, cousin du dictateur, ministre de l’intérieur en 1982.

 

Agé de 74 ans, l’ancien vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères avait déjà été condamné en 2009 à une peine de 15 ans d’emprisonnement en raison de l’exécution, en 1992, de 42 commerçants accusés d’enrichissement pendant l’embargo, puis à une peine de 7 ans, sa responsabilité étant engagée dans les déplacements de populations kurdes dans les années 80.

 

Longtemps vitrine internationale d’un régime choyé en Occident, au moins jusqu’en 1990, Tarek Aziz était également connu pour être le chrétien le plus haut placé au sein du régime (chaldéen, il s’appelle en réalité Mikhaïl Yoanna) et singulièrement apprécié en raison de cette particularité. Tarek Aziz a été incarcéré dans une prison américaine d’avril 2003, après sa reddition, jusqu’en juillet 2010, date de son transfèrement dans une prison de Baghdad sous administration iraquienne. L’ancien dignitaire, réputé très affaibli physiquement, est défendu « au niveau international »  par… Me Vergès.

 

Les premières réactions n’ont pas tardé. Familiales d’abord, elles crient à l’injustice et au procès politique. Le jugement intervient effectivement après la dernière vague de révélations de WikiLeaks qui n’incriminent pas seulement les forces de la Coalition mais également les autorités iraquiennes soupçonnées d’abus de pouvoir pour épurer les comptes avec leurs vieux ennemis.

 

La presse souligne que les faits reprochés à Tarek Aziz, l'“élimination des partis religieux” dans les années 80, avaient tout particulièrement ciblé le parti de l’actuel premier ministre Nouri al Maliki : Al Da’wa. Une loi promulguée en 1980 condamnait, en effet, à mort tous les membres, anciens et actifs, de cette formation.

 

Vae victis, la condamnation de Tarek Aziz ne serait ainsi que l’instrument d’une vengeance politique.

 

L’ancien ministre, malgré des atours fréquentables qui l'ont longtemps fait apprécier, ne peut dissimuler qu’il a été un baathiste de la première heure, un dirigeant de premier plan, devenu bras droit de Saddam Hussein, et l’un des membres du Conseil de Commandement de la Révolution, l’instance suprême du régime baathiste.

 

Certes, civil, il n’a pas directement été impliqué, bien qu’il n’ait pas toujours répugné à revêtir le même uniforme que son maître, dans les exécutions sommaires, les crimes de guerre, les massacres et toutes les exactions sanglantes qui ont jalonné le règne de Saddam Hussein. Néanmoins, eu égard à sa position dans l’appareil d’Etat, il est difficile de concevoir qu'il ait pu les  ignorer et qu'il n'ait pas pris part à leur décision.

  

Tarek Aziz n’a pas été condamné au seul titre de sa proximité avec le dictateur irakien, envers lequel il s’est d’ailleurs montré loyal jusqu’à la fin, mais bien parce qu’il porte une responsabilité : celle ne s’être jamais abstenu et de n’avoir jamais rechigné à avaliser l’horreur, quand l'inénarrable le disputait, au quotidien, à l'inexcusable.

 

"Homo homini lupus est"… l’ancien étudiant en littérature aurait pu s’en souvenir, le politicien aurait dû.  Espérons, quand même, que l'humanité, qui lui fit tant défaut, se résigne à lui  épargner la corde.

 

 

 

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DR 27/10/2010 14:51



Sheikh TEL,


Un être humain qui ne se soucie pas de sa propre dignité laisse reposer son sort entre les mains de Jacques Vergès, cet orgueilleux éhonté traître envers la Justice.


Quelqu'un qui croyait que Monsieur Vergès était de ces Grands Hommes ... 


Je dédie cette parole aux enfants du Tigre et de l'Euphrate, ainsi qu'à toutes les familles du Cambodge.