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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

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Irak : le spectre de l'insurrection sunnite

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Le 13 novembre, à l'occasion de son premier point de presse depuis sa prise de commandement des troupes de la coalition en Irak, le 1er septembre 2010, le général Llyod J. Austin III, a particulièrement insisté sur la capacité d’adaptation et de rebond de l’insurrection sunnite (1).

 

Malgré l’action conduite par les forces irakiennes de sécurité (Iraqi Security Forces – ISF) fortes de l’appui des troupes de la coalition, la mouvance insurrectionnelle sunnite, essentiellement composée d’Al Qaïda en Irak, d’un de ses succédanés : l’Etat islamique en Irak (Islamic State in Iraq – ISI) et de groupuscules autonomes, a démontré sa capacité à recueillir les financements nécessaires (notamment grâce à des braquages de banque et des attaques sur les marchés de l’or) pour organiser et conduire des opérations terroristes.

 

L’insurrection sunnite n’est néanmoins plus que l’ombre de ce qu’elle fut entre 2005 et 2007. Elle ne bénéficie que du soutien marginal d’une frange limitée de la population et n’est pas en mesure technique, malgré une capacité de résilience avérée, de répéter à bref intervalle son modus operandi classique : des attentats simultanés à l’exemple de la douzaine d’attaques orchestrées le 2 novembre à Bagdad, ou des treize attaques disséminées sur tout le territoire irakien le 25 août 2010.

 

Au-delà de l’enjeu de sécurité et des questionnements sur la capacité des forces irakiennes à assumer seules la défense de l’Irak après le retrait des troupes américaines, l’équation comporte une dimension très politique : celle de la place des sunnites sur l’échiquier politique.

 

L’avertissement est ancien : en l’absence d’une intégration politique, administrative, sociale et économique, les sunnites, confession dominante sous le régime de Saddam Hussein et dominée depuis, laissent planer la menace d’un ralliement massif à l’insurrection. La dernière donne politique, issue des élections législatives de mars et de la désignation récente des hauts responsables politiques (2), peut leur apparaître comme la répétition d’une situation bien connue où leur poids démographique ne trouve  pas sa juste représentativité dans les institutions.

 

En matière de frustration, une dimension militaire peut s’ajouter à la dimension politique. En effet, formées dès 2006, des milices « tribales » sunnites supplétives des forces de sécurité, les Conseils du réveil (Sahwa) chargées de lutter contre al Qaïda et l’insurrection, constituent un réservoir de personnels formés, aguerris et avertis des méthodes des forces irakiennes de sécurité.

 

Leurs exigences, pour prix de leur implication et souvent de leur sacrifice dans la lutte contre al Qaïda dont ils sont devenus des cibles privilégiées, n’ont jamais été honorées par un pouvoir politique dominé par les chiites. Le gouvernement de Nouri al Maliki a ainsi tari une partie des financements qui leur étaient auparavant octroyés par Washington, refusé leur intégration (ou réintégration pour les anciens du régime baathiste) complète dans les forces de sécurité (sur 90 000 miliciens, seuls 9 000 ont été recrutés dans les forces de sécurité et 40 000 dans l’administration civile) et surtout l'action politique de Maliki se résume souvent à un exercice d’exclusion des sunnites de la sphère politique. Les miliciens ont d’ailleurs tenté, en ordre dispersé, de constituer une force politique en se présentant aux suffrages lors des élections législatives de mars 2010, mais ce fut un échec.

 

Dans ce contexte, depuis le mois d’octobre, des rapports alarmants (3) font état de la défection d’un nombre croissant de miliciens des Conseils du réveil au profit des groupuscules de l’insurrection armée. Les chiffres qui varient de plusieurs douzaines à plusieurs milliers sont invérifiables : le gouvernement exagérant les chiffres pour stigmatiser les miliciens et les milices les minimisant pour éviter leur proscription définitive. Le phénomène n’est pas fondamentalement nouveau mais sa persistance, voire son amplification qui reste à démontrer, ne laisse pas d’inquiéter. En raison du contexte politique, les miliciens se trouvent placés devant le choix, ou souvent la contrainte, de rejoindre Al Qaïda, qui les menacent de mort s’ils ne le font pas, et celui de servir et occasionnellement mourir pour un Etat en formation, qu’ils servent mais qui les rejette.  

 

Comme souvent la solution sera politique, ou ne sera pas. En l’absence d’un véritable accord de partage du pouvoir et des mécanismes permettant aux Conseils du réveil de trouver leur place dans l’édifice institutionnel, le risque est grand de voir les « Fils de l’Irak » grossir les rangs d’une insurrection dont rien n’indique que les seules forces irakiennes de sécurité soient capables de la réduire.

 

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