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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

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Irak : journée des dupes pour Allawi ?

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Deux impulsions majeures ont permis la sortie de crise politique en Irak :

-  la réunion du Parlement, le 11 novembre, sur l’injonction, le 24 octobre, de la Cour fédérale suprême ;

- la conclusion d’un accord de partage du pouvoir grâce à la médiation du président du Gouvernement Régional Kurde, Massoud Barzani (1).

Sur le fondement de cet accord politique conclu entre Nouri al Maliki (premier ministre sortant et chef de coalition chiite de l’alliance Nationale), Ayad Allawi (chiite laïque, chef d’une coalition essentiellement sunnite Al Iraqiya), Massoud Barzani (chef de la coalition kurde), les députés ont pu :

- élire le président du parlement, Oussama al Nujaifi, sunnite membre d’Al Iraqiya, ainsi que les deux vice-présidents : Arif Taïfur, un Kurde reconduit dans ses fonctions et Qoussaï as Souhaïl, un député chiite de Bassora membre de la mouvance sadriste ;

- procéder à l’élection du président de la République (en violation de la Constitution qui impose un délai d’un mois à compter de l’élection du président du Parlement) : Jalal Talabani, kurde reconduit dans ses fonctions et seul chef de l’Etat qu’ait connu l’Irak depuis la chute de Saddam Hussein.

Réélu, Talabani a immédiatement reconduit dans ses fonctions le premier ministre Nouri al Maliki, vainqueur d’Allawi au Parlement où il réunit la plus forte coalition (chiites du parti Dawaa, du Conseil suprême islamique, de la mouvance Sadr et les Kurdes), et l’a chargé de former le prochain gouvernement.

Dés sa première réunion, le Parlement, élu le 7 mars 2010, a été le théâtre d’une crise politique qui laisse planer un doute sur la viabilité de l’accord de partage du pouvoir.  Alors qu’il était prévu que les députés « blanchissent » trois proches d’Allawi, interdits de se présenter aux élections législatives au motif de leurs liens supposés avec le parti Baath, et votent la mise en application de l’accord tripartite (ce vote surviendra en fait le 13 novembre),  la nouvelle majorité parlementaire a refusé ce vote et préféré procéder à l’élection du président de la République. La majorité des députés d’Al Iraqiya, dont Allawi, a alors quitté l’enceinte et n’a pas participé à l’élection de Talabani.

Candidat malheureux au poste de premier ministre, puis semble-t-il à celui de président de la République, Ayad Allawi est le seul ténor à se retrouver simple député. Néanmoins, l’accord prévoit qu’il prenne la tête d’un nouvel organisme, le Conseil national des politiques stratégiques, chargé de définir les grandes orientations en matière de politiques publiques et destiné à se substituer au Conseil de sécurité nationale. Théoriquement, placé à la tête de cette nouvelle institution, Allawi pourrait encadrer, ou pour le moins réfréner, l’emprise du premier ministre sur l’appareil sécuritaire.

Vainqueur dans les urnes, Al Iraqiya pourrait bien être un des grands perdants du marchandage interethnique et interconfessionnel. Outre le non respect de l’accord prévoyant de disculper les trois membres d’Al Iraqiya suspectés de « baathisme »,  Allawi prend la tête d’un organisme dont la réalité des pouvoirs est difficile à apprécier mais surtout des dissensions sont apparues dans les rangs d’Al Iraqiya. En effet, tous les députés du mouvement n’ont pas quitté le Parlement le 11 novembre et c’est le nouveau président, membre d’Al Iraqiya, qui, bouleversant l’ordre du jour, a mis au vote l’élection du Président de la République. Allawi est désormais contraint, s’il veut continuer à exister sur la scène politique, à composer avec certains de ses lieutenants qui nourrissent des ambitions personnelles et comptent bien figurer dans le prochain gouvernement, quelle que soit l’opinion d’Allawi sur le sujet. Le prochain grand marchandage sera en effet celui de la distribution des portefeuilles ministériels au sein d’un gouvernement inclusif censé représenter toutes les grandes tendances confessionnelles et ethniques. 

Les Kurdes peuvent se targuer, en la personne de Massoud Barzani, d’avoir permis la sortie de l’impasse politique et de voir l’un des leurs reconduit à la tête de l’Etat. Ils ont également su résister aux pressions, surtout américaines, les incitant à céder la Présidence à Ayad Allawi. Néanmoins, Talabani est élu à la tête d’une institution dont les pouvoirs sont sensiblement diminués en raison de la fin des « mesures transitoires » constitutionnelles (article 138 de la Constitution), dès le 11 novembre, au moment même de son élection. Par rapport à son précédent mandat, Talabani perd notamment son droit de veto sur les propositions de loi et n’a plus que des fonctions, pour l’essentiel, honorifiques (article 73). Le véritable pouvoir exécutif est désormais détenu par le premier ministre.

Par ailleurs, les Kurdes en s’agrippant à un agenda politique tout autant irréaliste que lors de la précédente législature : l’organisation d’un référendum sur le rattachement de Kirkouk à leur région autonome et le vote d’une loi sur le partage des revenus des hydrocarbures, sont voués à une grande désillusion tant ces projets divisent la classe politique (les Arabes chiites et sunnites, les Turkmènes) qui s’y oppose massivement. Leurs exigences trop élevées ont déjà conduit Maliki à les marginaliser ; rien n’exclut qu’il ne procède encore de même.

Maliki s'affiche comme levainqueur de l’accord, même s’il rassemble contre lui les sunnites à l’intérieur des frontières irakiennes mais également à l’extérieur (Arabie, Jordanie).  Le risque étant que s’estimant déjà trahis, puisqu’ils ont recueilli le plus de sièges de députés sans obtenir le poste de premier ministre, les sunnites ne se retranchent dans une opposition ferme, voire armée pour les plus radicaux d’entre eux, à Nouri al Maliki. A cet égard, leur intégration effective dans un gouvernement inclusif aura valeur de test.

Les sadristes s’apprêtent à opérer  leur retour dans un gouvernement dirigé par un premier ministre qui s’est montré dans le passé le plus déterminé à les éradiquer militairement et politiquement. Forts de leurs quarante élus, ils peuvent exiger des postes ministériels ou des fonctions décisionnelles dans leurs fiefs du sud irakien. En se ralliant, le 1er octobre, à Maliki, plutôt qu’à Allawi, ils ont rendu possible l’émergence d’une coalition majoritaire mais également compris que c’était leur seul moyen de revenir sur le devant de la scène. A cet égard, la mouvance de Mouqtada as Sadr concrétise une maturité politique  qui lui avait déjà permis d’évoluer d’un mouvement armé vers un parti gouvernemental

En raison des fêtes de l’Aïd, le Parlement ne se réunira pas avant le 21 novembre. Allawi a beaucoup concédé, ces derniers jours, sans réussir, alors que le Parlement était en session, à obtenir de véritables compensations. Sans doute est-il désormais trop tard pour qu’il ne soit pas la dupe de l’accord politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DRT 15/11/2010 15:05



Un
jour, l’Irak, ce pays aux frontières artificielles, se divisa en trois, ouvrant la voie à trois destinées différentes. L'ombre de l'Imam Khomeini planait sur l'une d'elles, car son fidèle
héritier irakien, médiocre mais populaire, la maîtrisait sous le regard bienveillant de ses puissants aînés iraniens. Ce jeune novice, dénué de talent, était néanmoins l'homme le plus ambitieux
de la nouvelle nation religieuse, mais aussi le plus violent ...