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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

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Irak : prochain vote du budget et données économiques

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L’ouverture tardive de la session parlementaire irakienne, depuis le 11 novembre, doit permettre :

 

- de conclure les négociations entre les différents blocs parlementaires sur la formation du prochain gouvernement dirigé par Nouri al Maliki ;

- de voter, avec retard, le budget 2011, après la désignation de la commission des finances chargée de son examen et de son éventuel amendement, avant la mise au vote devant les députés (le budget 2010 n’avait été voté qu’en janvier 2010).

 

Le ministère des finances propose un budget de 86.4 milliards de dollars, en augmentation de 14 milliards par rapport au budget 2010. Cette prévision est fondée sur l’hypothèse d’un prix moyen du baril de pétrole en 2011 établi à 73 dollars (AK News), estimation finale avalisée le 22 novembre. Le gouvernement doit transmettre son projet de budget au parlement dans la journée du 23 novembre.

 

L’Irak tire 95% (83% selon le FMI en 2010) de ses recettes budgétaires de la production pétrolière qui s’établit en moyenne sur l’année 2010 à 2.35 millions de barils/jour dont 1.89 sont exportés (Iraq status report). Cette production est quasi-identique à celle des années 2008 et 2009 ; ce qui atteste qu’en l’absence de réhabilitation et de modernisation des infrastructures de production, la pleine capacité est déjà atteinte. De plus, le chiffre de 2.3 inclut 150 000 barils produits au Kurdistan (les champs pétroliers du Nord) dont le flux a été interrompu en raison de dissensions politiques entre les autorités fédérales de Baghdad et le Gouvernement Régional du Kurdistan.

 

Le gouvernement estime ses recettes budgétaires d’origine pétrolière à 60 milliards de dollars en 2010, donnée cohérente avec les prévisions du FMI sur la production pétrolière exprimées en valeur : 73 milliards de dollars en 2010 et 71 en 2011.

 

En raison de la stagnation de la production d’hydrocarbures, même si le prix du baril augmente pendant l’année 2011, le budget sera déficitaire en 2011 comme en 2010 : 19.6 milliards de dollars pour un budget de 72.4 milliards.  L’exercice 2011 devrait se solder par un déficit de 8 milliards selon le FMI (un peu plus de 8 % du PIB).

 

Les estimations sur le PIB irakien (richesse nationale produite pendant l’année) sont actuellement de 84 milliards de dollars pour l’année 2010, et 93 pour 2011, dont plus de 80% proviennent de la production d’hydrocarbures. Le revenu par tête pour 2009 –pour une population de 31.2 millions d’habitants- est estimé à 2 500 dollars (Iran : 4 400 / Arabie 15 000 / Koweït 28 000 / Algérie 4 000).

 

LE FMI estime que les dépenses du gouvernement irakien en 2011 représenteront l’équivalent de 84% de toute la richesse nationale ; ce pourcentage est toujours inférieur à 50% pour les autres exportateurs de la zone où il est en moyenne de 37%.

 

L’Irak est le pays exportateur dont la dépendance à l’égard de sa production d’hydrocarbures est la plus forte pour la constitution de sa richesse nationale et l’abondement de ses recettes budgétaires. Cette dépendance provoque en conséquence une très forte volatilité de la richesse nationale et des recettes fiscales à chaque fluctuation des cours du pétrole.

 

La dette publique demeure élevée ; elle représente 42.2% du PIB en 2010, contre 141% en 2009. Une partie des revenus futurs de l’Irak est de fait déjà hypothéquée.

 

L’Irak en reconstruction nécessite d’énormes investissements ; traditionnellement, le chiffre de 500 à 600 millions de dollars est avancé.  Selon le ministre du plan et du développement, Ali Baban, le budget ne peut assurer qu’un dixième des besoins existants (The dinar trade). Le budget 2011 ne devrait consacrer que 4.5 milliards de dollars à la modernisation des infrastructures électriques, alors que 6.7 avaient été demandés ; on en déduit que près de 70 milliards sont nécessaires.  

 

Les acteurs économiques irakiens appellent à une réduction sensible des dépenses de fonctionnement, gonflées par les effectifs des administrations, et à une augmentation des dépenses d’investissement : le ratio s’établissant à 80 % pour le premier type. Au-delà, leur constat est sans appel : la reconstruction du pays doit s’accompagner d’une diversification de l’économie, trop dépendante de sa production pétrolière.

 

Il est illusoire, au vu de ses données, de dépeindre l’Irak comme un eldorado immédiat pour les marchés d’infrastructure, d’équipements ou d’armements. Les besoins sont certes énormes, mais les financements font défaut en l’absence d’une augmentation de la production pétrolière.

 

A titre de comparaison avec ses voisins du Golfe ; même si ce ne sont pas des pays en reconstruction, la mise en parallèle offre une échelle de valeurs :

 

L’Irak en 2011 : une richesse nationale de 93 milliards de dollars dont 71 de production pétrolière ; un budget de 86 milliards.

 

Le Conseil de Coopération des Etats Arabes du Golfe devrait produire en 2011 une richesse globale de 1 100 milliards de dollars, en grande partie tirée de la production d’hydrocarbures. Cette richesse accumulée permettra de financer 275 milliards d’investissement dans le secteur pétrolier d’ici à 2015 ; 400 milliards de projets d’infrastructure en Arabie saoudite sur trois ans ; 123 milliards d’acquisition d’armements aux Etats-Unis…

 

Entre 2008 et 2010, les 100 plus grands projets d’investissement dans le Golfe totalisent des financements de 1 300 milliards de dollars, soit 13 ans d’accumulation de richesse en Irak au rythme actuel…

 

Voir également :

 

Ash Sharq al Awsat du 18/11/2010

FMI, Regional Economic Outlook, octobre 2010

FMI, First review under the stand-by arrangement, octobre2010

 

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