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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

Blog d'analyse sur le monde arabe

Arabie saoudite : la danse des sabres

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Le 22 novembre, le roi d’Arabie saoudite, ‘Abdallah As-Sa’oud, doit quitter le Royaume à destination des Etats-Unis pour y subir des examens médicaux. Après un bref rétablissement, le souverain, souffrant d’une hernie discale (1), est en effet victime de complications. Le prince héritier Sultan, son demi-frère, est en conséquence rentré du Maroc, le 21 au soir (2), pour éviter une vacance du pouvoir ; même s’il est probablement incapable de gérer les affaires courantes.

 

Au-delà de ce chassé croisé, devenu usuel à mesure de la dégradation de l’état de santé des dignitaires saoudiens, l’actualité politique saoudienne récente a été marquée par la nomination, le 17 novembre, du nouveau chef de la Garde Nationale saoudienne (SAudi National Guard – SANG) en la personne du prince Mit’ab bin ‘Abdallah, le fils du souverain.

 

Cette nomination marque le désengagement du souverain,  chef de la Garde depuis 1962, au profit de celui qui en était le vice-commandant adjoint chargé des affaires militaires, Mit’ab. Au passage, le commandant en second, le prince Badr, demi-frère du roi, s’éclipse également ;  officiellement à sa propre demande pour raisons de santé.

 

La Garde est une force armée à recrutement tribal, indépendante du ministère de la défense. Elle compterait près de 100 000 hommes : 30 000 civils investis d’une mission de préservation de l’ « héritage » bédouin et de veille sur l’allégeance des tribus à la famille royale et 70 000 militaires bien entraînés, responsables notamment de la sécurité de la dynastie royale, mais également chargés de missions de surveillance d’installations pétrolières et d’antiterrorisme.

 

La nomination de Mit’ab cristallise la répartition des bras séculiers du Royaume (défense, intérieur, Garde) entre les grands féodaux de la monarchie saoudienne et la transmission des apanages aux fils des titulaires actuels :

 

- depuis 1962, le ministère de la défense est le domaine du prince Sultan (actuel chef de file de la branche dite des Soudeïri –du nom de leur mère- soit sept frères, parmi eux le roi Fahd (décédé) ; Nayef, ministre de l’intérieur ; Salman, gouverneur de Riyad ; Ahmed, vice-ministre de l’Intérieur ; ‘Abdelrahman, vice-ministre de la défense). Un des fils de Sultan, Khaled bin Sultan (KBS) occupe, depuis 2001, les fonctions de vice-ministre chargé des affaires militaires et fait figure de successeur désigné à la tête du ministère. KBS ancien « commandant en chef des troupes arabes » pendant la première guerre du Golfe, évincé de l’armée en 1991 pour avoir touché des commissions colossales avant de revenir au ministère en 1995, est également le propriétaire du quotidien Al Hayat. Le ministère de la défense est ainsi destiné à demeurer entre les mains de la famille de Sultan.

 

- depuis 1975, le ministère de l’Intérieur est placé sous la tutelle de Nayef, frère de Sultan, qui a succédé à la tête de ce ministère à un autre frère, le futur roi Fahd. La succession de Nayef sera très probablement assurée par son propre fils : Muhammad, chargé des affaires de sécurité depuis 1999. Muhammad est le maître d’œuvre de la politique antiterroriste mise en œuvre depuis 2003. A ce titre, il a été la cible d’un attentat rocambolesque (3), à l’été 2009, organisé par l’artificier d’Al Qaïda dans la Péninsule Arabique, récemment suspecté d’être le concepteur des « imprimantes piégées » placées dans les soutes de deux avions à destination des Etats-Unis.

 

- la Garde Nationale, fief d’’Abdallah depuis 1962, chef de file de la branche dite des Shammars (du nom de sa mère, une princesse de la tribu des Shouraïm), est transmise à son fils, Mit’ab.

 

La transmission de ces grandes fonctions est significative à plusieurs titres :

 

- pour des raisons de visibilité politique. La gestion, de préférence réussie, d’un domaine régalien et encore mieux prétorien est un atout décisif pour prétendre au trône ou à son futur héritage. Ce fut le cas de Fahd, ancien ministre de l’intérieur, puis celui d’’Abdallah et de Sultan.

 

- c’est un instrument de force au moment où se joue la succession. ‘Abdallah s’est investi dans la Garde Nationale, dès 1962, à la demande du roi Fayçal pour sécuriser à terme sa nomination comme prince héritier (en 1982) et son accession au trône (2005). Ce calcul à long terme, la branche des Soudeïris l’a également effectué dès le début des années 1960 en accaparant l’intérieur et la défense, empêchant l’émergence d’une rivalité autre que celle de la Garde nationale d’Abdallah. Dès l’accession au trône de Fahd, en 1982, les Soudeïris ont vainement tenté de contraindre ‘Abdallah à renoncer à la Garde en échange de la garantie qu’il deviendrait roi ; il était déjà trop tard.

 

- c’est une source de revenus importants par le biais des commissions sur les marchés d’armement et d’équipement. La signature de contrats d’armement est une source pour les princes, leur entourage et les intermédiaires, d’enrichissement rapide ; même si le roi ‘Abdallah a tenté de réguler le phénomène, notamment au ministère de la défense. La signature récente d’un contrat de 60 milliards de dollars avec les Etats-Unis, dont près de la moitié au profit de la Garde nationale,  devrait sensiblement renflouer les caisses de quelques princes bien placés.

 

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