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Blog d'analyse sur le monde arabe

Les Rivages des Syrtes

Blog d'analyse sur le monde arabe

Arabie saoudite : médias et famille royale, le clan des Salman

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A l’inverse des médias occidentaux, la presse arabophone écrite a peu commenté les télégrammes diplomatiques révélés par Wikileaks dont le contenu pouvait mécontenter les autorités saoudiennes. Cette retenue se manifeste même là où on l’attend pas de prime abord : sous la plume des journalistes syriens ou dans la bouche des membres du Hezbollah libanais. Au cas d’espèce, les efforts conjoints de Riyadh et Damas pour stabiliser la situation au Liban peuvent l’expliquer.

 

Une exception cependant à ce mutisme : le quotidien libanais Al Akhbar, journal qualifié de gauche, souvent favorable aux thèses du Hezbollah, a largement diffusé les dépêches américaines traduites en arabe, dont certaines en exclusivité. Cet activisme, qui a autant écorné l’image de politiciens libanais qu’attenté à la réputation de la monarchie saoudienne, s’est soldé par le piratage de son site internet. En témoigne la page d’accueil du site modifiée par les hackers, les télégrammes diffusés sur l’Arabie saoudite semblent avoir suscité tout particulièrement leur ire, puisqu’y figure la photographie du roi ‘Abdallah d’Arabie :

 

alakhbarresized.jpg

Il ne faut néanmoins pas exclure que les auteurs de ce piratage aient voulu attirer l’attention sur des thuriféraires du Royaume pour masquer leur identité et leurs motivations propres.

 

Il est souvent audacieux, généralement maladroit et toujours périlleux de dénigrer l’image du royaume saoudien ; surtout quand on est Saoudien sur le sol saoudien.

 

Deux exemples récents illustrent l’absence d’esprit critique des autorités saoudiennes :

 

- le site d’informations saoudien, Elaph, hébergé à Londres, réputé indépendant mais également proche –au moins financièrement- du prince ‘Abd al-‘Aziz bin Fahd, fils cadet et fils préféré du défunt roi Fahd ; dit ‘Azuz (« le chéri ») ,actuel secrétaire de la présidence du conseil des ministres, l’équivalent de notre secrétaire général du gouvernement, la charge de travail et la compétence déduites, a ainsi récemment été censuré dans le Royaume pour avoir diffusé des câbles Wikileaks dommageables à la réputation de l’Arabie saoudite ;

 

- le 12 décembre, Muhammad Al ‘AbdulKarim, professeur assistant de chari’a à l’université Al Imam de Riyadh (le creuset académique de la pensée salafiste), rédacteur en chef de la revue Oumma, a été arrêté suite à la publication d’un article osé où il fait état de querelles internes à la famille royale concernant la succession sur le trône. (Royyah)

 

Néanmoins, le risque global n’est pas très élevé tant le royaume contrôle d’organes de presse écrite, de télévisions, de chaînes satellitaires et de journalistes dont la plume devient subitement serve à la simple évocation du risque de censure.

 

Le royaume, et plus précisément ses princes, est en effet à la tête d’un vaste empire des médias patiemment constitué depuis les années 1970. Si quelques princes n’éprouvent pas de réticences à s’afficher magnats de la presse, en niant généralement influencer la ligne éditoriale de leurs publications, d’autres préfèrent la dissimulation, écartant ainsi le soupçon d’une presse aux ordres. En conséquence, cette situation est la source de nombreuses rumeurs sur l’implication de tel prince dans telle entreprise médiatique.

 

En divulguant quelques télégrammes diplomatiques émis par l’ambassade américaine en Arabie saoudite, Wikileaks offre un éclairage nouveau, même si la fiabilité des sources de l’ambassade américaine à Riyadh ne peut être appréciée, sur l’implication du clan du prince Salman bin ‘Abd al-‘Aziz As Sa’oud dans le domaine de la presse.

 

Al Sharq al Awsat (« Le Moyen-Orient ») (version en langue anglaise), un des deux quotidiens arabophones les plus diffusés (250 000 exemplaires quotidiens), aux côtés d’Al Hayat, est réputé appartenir à la famille du gouverneur de la province de Riyadh, le prince Salman ; plus particulièrement à l’un de ses fils et à une de ses belles-filles.

 

Officiellement, le prince Salman, frère de feu le roi Fahd et demi-frère du roi ‘Abdallah, n’a pas de participation financière directe, pas plus qu’il n’exerce de contrôle sur le groupe responsable de l’édition du quotidien. Comme de nombreux princes impliqués dans le domaine des médias, Salman ne veut pas laisser suggérer que la famille royale saoudienne puisse contrôler la presse ; d’ailleurs, qui oserait le croire ?

 

Fondé à Londres en 1978, le Sharq al Awsat est diffusé par la Saudi Research § Publishing Company, une des filiales du Saudi Research and Marketing Group (SRMG), fondé en 1987 par un des fils du prince Salman, Ahmed bin Salman, un propriétaire d’écuries de chevaux décédé en 2002 d’une crise cardiaque, et par deux hommes de presse saoudiens, les frères Al Fayez : Hisham ‘Ali (décédé en 2006) et Muhammad.

 

Le groupe de presse SRMG diffuse plus de quinze publications différentes, dont la revue politique Al Majallah , traduite en anglais, et le quotidien anglophone Arab News, fondé en 1975 pour informer les expatriés occidentaux en Arabie saoudite.

 

Fayçal, un des frères d’Ahmad auquel il a succédé à la tête de la SRMG, et Lamia bint Mishaal bin Sa’oud, la veuve d’Ahmad, possèderaient entre 20 à 25% des parts de la SRMG. Une partie du capital aurait été acheté par un des cousins de Fayçal, le tycoon Al-Walid bin Talal, président de la Kingdom Holding Company, 19ème fortune mondiale (Forbes 2010), qui posséderait près du tiers de la SRMG. Le reste du capital serait partagé entre des investisseurs privés : notamment,  Mohammed Hussein ‘Ali al ‘Amoudi, un milliardaire (construction, pétrole) saoudien d’origine yéméno-éthiopienne, qui siège au conseil d’administration de la SRMG et Salah ‘Abdallah Kamal, milliardaire saoudien (banque islamique, construction, médias…), auteur d’une déclaration récente sur Al ‘Arabiyya où il se vante d’entretenir des relations sociales avec Oussamah bin Laden, et  dont l’un des fils siège au conseil d’administration de la SRMG.

 

En réalité, ces chiffres sont difficilement vérifiables, fautes de données précises et accessibles dans le domaine public. Par ailleurs, les princes ont l’habitude de masquer une partie de leurs activités financières en recourant à des prête-noms. D’où l’intérêt de disposer de l’éclairage des emboffs (officiels de l’ambassade) américains à Riyadh et à Djeddah.

 

Ils font état de l’étendue de la diffusion des publications du groupe SRMG en Arabie : 46.1% de parts de marché pour la presse écrite.

 

“¶3. (S) Embassy press officers met recently XXXXXXXXXXXX. According to Shuaa Capital, a Gulf-based financial services firm, SRMG is the largest publisher in the country, with a global readership well in excess of 180 million and an aggregate market share of 46.1%.”

 

Ils disposent de quelques informations sur la répartition du capital selon lesquels Muhammad Al ‘Amoudi disposait au début de l’année 2008 de 57.7% des parts et le prince Al-Walid bin Talal de 35%.

 

“¶4. (S) According to XXXXXXXXXXXX,  Prince Waleed bin Talal, he told us, now owns 35% of SMRG, with “private investors” controlling the rest. Financial reports we acquired list Saudi businessman Mohammed Hussein Ali al-Amoudi as owning 57.70% of SRMG at the beginning of 2008, which on paper would give him (and others he may represent) control of this powerful media concern.”

 

Ce qui est surtout intéressant figure dans un paragraphe classifié S/NF (secret à ne pas communiquer à des étrangers) : le prince Salman possède le groupe SRMG et contrôle sa direction par le biais de son fils Fayçal.

 

“¶5. (S/NF) It is worth noting, however, that other Saudi editors we’ve spoken to always refer to the Saudi Research and Marketing Group as being “owned” by Prince Salman, despite the fact that XXXXXXXXXXXX told us that he is not a shareholder and the official holdings of XXXXXXXXXXXX amount to only ten percent of the company. When this was noted by emboff to one of our press contacts, he told us that it was well-known that Prince Salman owns SRMG and controls its direction through his son Faisal.”

 

Outre la SRMG, le prince Salman est également réputé être le propriétaire du quotidien Al Riyadh, toujours bien informé, officiellement la propriété d’un consortium d’hommes d’affaires regroupé au sein d’Al Yamamah Press Establishment (du nom historique du Nejd, le cœur de l’Arabie des Sa’oud). Le rédacteur en chef de ce journal : Turki bin ’Abdallah bin Nasser as Soudeïri est issu d’une famille de bédouins sédentarisés très liée à celle de Sa’oud : la mère de Salman est une Soudeïri (Hassa bint Ahmed), sa grand-mère l’est aussi (Sara bint Ahmed al Kebir), sa femme favorite aussi (Sultana).

 

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