Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 16:13

La presse s’est récemment fait l’écho d’un rapport sur la situation libyenne : « Libye : un avenir incertain – Compte rendu de mission d’évaluation auprès des belligérants libyens » qui semble avoir plus suscité de louanges, a priori infondées, qu’incité à la manifestation d’un nécessaire esprit critique, ou pour le moins à la prudence si chère à Aristote.


Une « délégation internationale d’experts »  a ainsi effectué un déplacement en Libye dans le courant du mois d’avril. Ces experts se réclament de structures dont la capacité à porter un regard scientifique et objectif sur la situation libyenne laisse pantois :


- le Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme (CIRET-AVT) dont les activités habituelles semblent éloignées de l’objet du rapport :


« 1. La mise à disposition d'une documentation tenue à jour sur les faits liés au terrorisme ou aux formes d'action violente qui pourraient recevoir la qualification de résistance ;  

2. L'approfondissement des critères de qualification des faits ;  

3. Le dialogue et la confrontation des idées , des connaissances et  des appréciations . Il faut souligner qu'il n'est absolument pas question  d'interférer dans le domaine régalien de la sécurité, encore moins d'empiéter sur les attributions des services . »


- le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) :


« Fondé en 2000, le CENTRE FRANÇAIS DE RECHERCHE SUR LE RENSEIGNEMENT (CF2R) est un Think Tank indépendant, régi par loi de 1901, spécialisé sur l'étude de l'ensemble des domaines historiques, techniques et politiques du renseignement. »


- le Forum pour la paix en Méditerranée, une structure tellement obscure que le lien internet censé nous apporter des précisions sur sa mission est obsolète (http://www. mpforum.org/) .

 

La composition de la délégation d’experts ne laisse pas de surprendre puisqu’aucun n’a le moindre crédit pour se prononcer sur la situation en Libye.


La délégation comprenait les personnalités (sic) suivantes :

 

-«  1. Mme Sayda BenHabylès (Algérie), ancienne ministre de la Solidarité, ancien Sénateur, membre fondateur du CIRET-AVT, Prix des Nations Unies pour la société civile,  »

 

- 2. « Mme Roumiana Ougartchinska (France/Bulgarie), essayiste, journaliste d’investigation, »

 

…. spécialiste de l’Europe de l’Est et du KGB 

 

- 3. « Le Préfet Yves Bonnet (France), préfet honoraire, ancien député, ancien directeur de la Surveillance du territoire (DST), président du CIRET-AVT, » 

 

nul ne songerait à cataloguer celui qui fut directeur de la DST il y a 25 ans parmi les experts du dossier libyen.

 

- 4. « Mr Dirk Borgers (Belgique), expert indépendant »

 

son domaine de compétence semble plutôt subsaharien à en juger par son profil sur internet

 

- 5. « Mr Eric Denécé (France), directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) »

 

expert en mythomanie, se complaît à se présenter comme un ancien officier de renseignement ce qui lui semble plus valorisant qu’ancien stagiaire au SGDN.

 

- 6. « Mr André Le Meignen (France), expert indépendant, vice-président »


présenté comme diplomate-ambassadeur en mission, cet ancien chef d’entreprise, âgé de 72 ans, ne mentionne pas au profit de quel pays, certainement pas la France.

 

Sans entrer dans les détails du rapport d’experts qui souffre d’erreurs manifestes (à suivre), il est utile d’en dégager les conclusions assez tendancieuses sur le fond :


- l’intervention occidentale en Libye menace de déstabiliser tout le Maghreb ; elle est ainsi plus un problème qu’une solution ;

- le Conseil National Transitoire est une formation antidémocratique composée d’anciens partisans du colonel Qaddafi, de monarchistes, d’islamistes radicaux ;

- le soulèvement libyen ne présente aucun caractère spontané, il procède de la volonté indépendantiste des habitants de Cyrénaïque animés par la volonté d’imposer un régime islamiste….


De telles conclusions s’apparentent plus à un insidieux plaidoyer en faveur du maintien au pouvoir du colonel Qaddafi qu’à une analyse critique et objective de la situation en Libye ; il est à cet égard regrettable que la presse et la « blogosphère » lui ait donné de l’écho sans manifester le moindre discernement.


Pour s’en convaincre, il suffit de juger des récents propos de Mme Benhabyles  exprimés dans les colonnes de la presse algérienne , qui laissent pour le moins songeur :


- le conflit en Libye est un complot orchestré par les pays occidentaux et le Qatar ;

- Bernard-Henri Lévy est le véritable chef des insurgés ;

- les forces de l’OTAN, aidées par l’armée israélienne, tirent sur les civils ;

- le Conseil National Transitoire est composé d’étrangers ;

- le pays est infesté d’agents secrets (Mossad, DGSE…) chargés de faire de la propagande…


Notre « experte », désormais reconnue telle par la presse, nous dévoile ainsi ses véritables convictions, à défaut de convaincre sur la réalité de son expertise.

 

 

 

 

Par Abou Anaïs - Publié dans : Libye
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Jeudi 16 juin 2011 4 16 /06 /Juin /2011 13:17

yemen_arabie.jpg

 


 

   

La détérioration rapide de la situation au Yémen, après quatre mois de troubles, a conduit l’Arabie saoudite à intervenir et à changer de posture, évoluant d’un soutien au président ’Ali ‘Abdallah Saleh, jusqu’ici considéré comme le garant de la stabilité du pays,  à son abandon ; le maintien au pouvoir de ce dernier étant désormais perçu comme la principale source d’instabilité au Yémen. Le refus, le 22 mai,  du président Saleh d’accepter le compromis « saoudien » porté par le Conseil de Coopération des Etats arabes du Golfe : démission contre impunité, est en grande partie à l’origine de ce revirement.


L’Arabie saoudite a toujours joué un rôle dans les affaires internes du Yémen en soutenant des factions opposées, quitte à nouer des alliances souvent contre nature (notamment avec les socialistes du Sud-Yémen en 1994) , en finançant des responsables politiques et des chefs de tribus, en facilitant la propagation du salafisme wahhabite dans l’objectif inavoué d’empêcher l’émergence d’un Etat central puissant, unifié et en conséquence menaçant.


Le lâchage politique de Saleh, hospitalisé à Riyadh à la suite d’un attentat commis le 3 juin dans la mosquée du complexe présidentiel à Sana’a, contraint l’Arabie à trouver une alternative susceptible de satisfaire ses propres objectifs politiques et diplomatiques qui, dans le même temps, sera acceptable pour le mouvement de révolte civile « la jeunesse »), dépourvu de chef clairement identifié et sur lequel Riyadh n’a, semble-t-il, pas prise. 


La gestion du dossier yéménite par les autorités gouvernementales saoudiennes n’est pas le fait du ministre des affaires étrangères, Sa’oud al-Fayçal, mais un dossier réservé du prince héritier Sultan bin ‘Abdel’aziz, par ailleurs ministre de la défense, placé à la tête d’une structure ad-hoc : la commission mixte saoudo-yéménite. La détérioration continuelle de l’état de santé de Sultan, désormais incapable d’assumer ses fonctions, a néanmoins provoqué la quasi-mise en sommeil de la commission, dont le périmètre s’est réduit à la seule coopération économique et financière.

 

Etat de fait qui coïncidait d’ailleurs avec un intérêt moins marqué des autorités saoudiennes pour la situation yéménite, à un changement de génération des décideurs yéménites (fils du président Saleh, clan al-Ahmar) moins proches des princes saoudiens que leurs aînés, jusqu’à l’apparition de troubles frontaliers en 2009 nécessitant l’intervention de l’armée saoudienne contre la rébellion nordiste houthiste (« Guerre de Sa’dah »).


La gestion du dossier yéménite semble actuellement relever de l’autorité du  prince Nayef bin ‘Abdel’aziz, frère de Sultan ; ministre de l’intérieur et numéro trois du Royaume. La raison structurelle qui préside à cette étrange répartition des dossiers diplomatiques, qui n’a rien d’exceptionnel dans la politique étrangère saoudienne, tient surtout à ce que le Yémen est essentiellement considéré sous l’angle de la sécurité, du risque terroriste, du renseignement et des affaires tribales.


Mohammed bin Nayef, vice-ministre de l’intérieur ; fils du ministre de l’intérieur, gère ainsi les questions liées au risque terroriste, en l’occurrence la menace que fait peser al-Qa’ida dans la Péninsule arabique, franchise yéménite du réseau terroriste qui compte dans ses rangs de nombreux Saoudiens. Miqrin bin ‘Abdel’aziz, chef des services de renseignement ; demi-frère de Sultan, Nayef et du roi Abdallah, est également impliqué dans la gestion du dossier en ce qui concerne les activités illégales transfrontalières (criminalité, infiltration de terroristes, surveillance des « rebelles » nordistes houthistes). Khaled bin Sultan, fils du prince héritier, a dirigé les opérations militaires, avec un succès mitigé, lors des affrontements entre troupes saoudiennes et rebelles houthistes à la fin de l’année 2009.


Nayef est un conservateur, ministre de l’intérieur depuis 35 ans oblige ; réactionnaire, par nature ; proche des islamistes, par conviction. Il semble ainsi privilégier une sortie de crise au profit d’’Ali Mohsen Saleh al-Ahmar, le général rebelle ayant rallié l’opposition le 20 mars, apparenté au président Saleh, et lui-même très proches des milieux salafistes extrémistes.


Riyadh dispose de nombreuses autres options au Yémen : en particulier, la famille al-Ahmar, à la tête de la rébellion tribale, avec laquelle les princes entretiennent des relations anciennes et privilégiées. Le cheikh Aballah bin Hussein al-Ahmar, ancien chef de la confédération tribale des Hashed (dont sont membres le président Saleh et Ali Mohsen) ; ancien président du Parlement et chef du parti d’opposition al-Islah a toujours pu bénéficier des largesses de Riyad ; il est mort dans la capitale saoudienne en 2007. Depuis le début du mois de juin, ses dix fils n’ont de cesse de vanter les mérites du royaume saoudien dans l’espoir de voir Riyadh peser de son poids dans le choix d’une transition politique en faveur de leur clan.


Il est néanmoins improbable que le choix d’’Ali Mohsen ou celui des cheiks al-Ahmar puisse satisfaire les aspirations de l’opposition civile (mouvement de la jeunesse et coalition des partis d’opposition) tant la rupture avec l’ancien régime apparaîtrait dérisoire.

Riyadh entretient également des relations étroites avec des chefs de tribus de l’autre confédération, numériquement plus forte, politiquement plus faible, celle des Bakil. Le rapprochement s’est opéré à mesure de l’incapacité grandissante des Hashed à remplir, au profit de Riyadh, le rôle de « force d’interposition » contre la rébellion houthiste, menaçant la stabilité à la frontière.


Autre carte possible : les islamistes du parti d’opposition al-Islah, tendance Frères musulmans, largement impliqués dans la contestation du régime, même si rien n’indique, pour l’heure, qu’ils soient prêts à faire allégeance à Riyadh et qu’ils puissent recueillir l’assentiment de la population.


Les autorités saoudiennes sont désormais placées devant un dilemme :


- la nécessité de restaurer la stabilité et la sécurité au Yémen pour évacuer tout risque terroriste (al-Qa’ida dans la Péninsule arabique désigne le Royaume parmi ses cibles) et écarter la menace d’une instabilité à la frontière, qu’elle procède de l’agitation des tribus ou de l’incapacité de l’état central à contenir les rebelles nordistes ;


- seule une transition politique rapide permettra d’assurer le rétablissement de la sécurité,  au risque, pour Riyadh, de voir émerger un nouveau gouvernement plus favorable à l’instauration d’un régime démocratique, dont l’Arabie saoudite ne veut pas,  qu’au maintien de l’influence saoudienne au Yémen.


Riyadh dispose néanmoins d’un atout considérable : une puissance financière intacte et la possibilité de menacer le Yémen d’une cessation de son aide budgétaire, jusqu’ici nécessaire   pour assurer le financement des projets d’investissement des autorités yéménites.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Abou Anaïs - Publié dans : Yémen
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Vendredi 27 mai 2011 5 27 /05 /Mai /2011 18:08

Le 22 mai, pour la troisième fois, le chef de l’Etat yéménite Ali Abdallah Saleh, menacé par un mouvement de contestation populaire  déclenché au mois de février, a failli à sa promesse de signer  le plan de sortie de crise proposé par les Etats membres du Conseil de Coopération des Etats Arabes du Golfe (CCEAG) prévoyant sa démission et la formation dans les 30 jours d’un nouveau gouvernement.

Le 22 mai est la date de commémoration de la réunification des deux Yémen, réalisée entre le Nord et le Sud en 1990 ; le 22 mai 2011 marque le franchissement d’une étape décisive pour l’avenir du régime de Saleh. Coutumier de la pratique : promettre puis se rétracter, le président Saleh ne semble pas, cette fois ci,  avoir pris l’exacte mesure de la crise.

Le 23 mai, la crise s’intensifiait brutalement conduisant à de violents affrontements entre des milices tribales et les forces de sécurité dans le quartier d’al-Hasaba dans le nord de Sana’a :

- le complexe résidentiel de Sadiq al-Ahmar, chef de la confédération tribale des Hashed, rallié à la contestation en mars,  était la cible de tirs de missiles et de mortiers au moment même où s’y tenait une ultime tentative de médiation conduite par des chefs de tribus et  des représentants du président Saleh dépêchés auprès du cheikh al-Ahmar. Le chef de la médiation, le général Ghalib al-Ghamish, chef des services de renseignement (Office de Sécurité Politique), blessé par des tirs,  a désormais rejoint l’opposition ; de nombreux cheikhs, également mandatés par Saleh, ont été tués ou blessés par les forces de sécurité loyales au président.

Les combats qui se sont rapidement propagés dans et hors de la capitale ont provoqué depuis cet événement la mort de centaines de personnes et se sont traduits par l’occupation de bâtiments officiels par les milices tribales, notamment le ministère de l’intérieur et la radio d’état.

 Ainsi, sur le mouvement de contestation populaire porté par la jeunesse et une coalition de partis d’opposition, revendiquant un caractère pacifique, se greffe désormais une lutte armée entre les élites au sein de l’appareil d’Etat mettant aux prises le clan présidentiel et la deuxième famille la plus puissante du Yémen, celle des al-Ahmar, longtemps alliée à Saleh, devenue plus distante mais surtout forte de l’appui de nombreuses tribus.

S’ils en furent accusés par le clan présidentiel, les membres de la famille al-Ahmar n’ont pas joué de rôle décisif dans le lancement de la contestation en janvier ; les al-Ahmar, ont saisi le moment opportun pour s’y rallier et solder une rivalité croissante avec le chef de l’Etat et son entourage.

Sadiq al-Ahmar, cible de l’attaque du 23 mai,  est le cheikh suprême (cheikh al-macheikh) de la confédération des Hashed depuis la mort, en décembre 2007, de son père ‘Abdallah bin Hussein al-Ahmar. Cheikh ‘Abdallah cumulait les fonctions de chef de la confédération tribale, de président du Parlement, de chef et fondateur du parti islamiste d’opposition al-Islah (« La Réforme »). Proche des intérêts saoudiens,  il avait réussi tout au long de sa carrière politique à  façonner un modus vivendi efficace avec le président Saleh et le parti au pouvoir, le Congrès Populaire Général (CPG), au point d’apparaître comme un des soutiens les plus nécessaires au maintien au pouvoir de Saleh.

Le pacte conclu entre le président et le chef d’une opposition qui n’en avait plus que l’apparence a  été progressivement rompu par ses 10 fils face à l’imminence d’une succession présidentielle au sein de la famille Saleh, au profit d’Ahmed ‘Ali ‘Abdallah Saleh, fils aîné du chef de l’Etat. Depuis la rupture, le président Saleh, issu de la tribu des Sanhan, membre de la confédération des Hashed, qualifie désormais les 10 frères  du qualificatif des « les al-Ahmar », leur déniant toute individualité et méprisant leur capacité à dépasser le seul statut de fils de leur père. Depuis le 26 mai 2011, ils font l’objet d’un mandat d’arrêt au chef de rébellion armée contre l’Etat.

Sadiq al-Ahmar, chef de la confédération tribale la plus puissante du Yémen, était jusqu’en mars 2011, député élu au sein du parti présidentiel et porte-parole du Parlement. Il est sans doute le dernier des frères à avoir rejoint le mouvement contestataire ; il est aujourd’hui l’un de ses chefs.

Un de ses frères, Hamid, homme d’affaires multimillionnaire, avait longtemps été pressenti par leur père pour prendre la tête de la famille ; avant de mourir le cheikh ‘Abdallah en avait décidé autrement.  Privé de la fonction prestigieuse de chef de la confédération, Hamid a développé ses affaires (téléphonie, banque, médias…), s’est impliqué au sein du parti d’opposition al-Islah dont il est député depuis 1993 avant de déclarer dès 2006, lors de l’élection présidentielle, son opposition à Saleh et son souhait de le voir destitué. Hamid n’a jusqu’ici été impliqué dans le mouvement de contestation à Saleh qu’au titre de financier.

Hussein al-Ahmar, ancien membre du parti au pouvoir, est désormais responsable de la mobilisation et de la préparation opérationnelle des tribus du gouvernorat d’ ’Amran, fief de sa famille et bastion des Hashed, situé au nord de la capitale. Grâce à l’appui des tribus locales, Hussein est désormais maître du gouvernorat.

Désormais engagés dans une lute armée, les al-Ahmar savent pouvoir compter sur l’appui de milices tribales mais ils ne peuvent se prévaloir du soutien obligé des initiateurs du mouvement de protestation.

Certains d’entre eux sont attachés au maintien du caractère pacifique de la lutte contre le régime et peu désireux de se voir confisquer leur « révolution »; les autres seront plus faciles à convaincre puisqu’ils sont proches ou appartiennent au parti  al-Islah. Les premiers seront difficilement persuadés qu’une prise de pouvoir au profit des al-Ahmar puisse se solder par la fin du système clientéliste et tribal.

Une composante discrète d’al-Islah, forcément engagée dans la contestation mais jusqu’ici occultée par les éléments les plus radicaux du parti, devrait gagner en visibilité et se mettre en avant : les Frères Musulmans (« canal historique » pour les distinguer des Frères plus connus qui sont proches du salafisme) que ne manqueront pas d’inspirer leurs homologues égyptiens et d’aider les financements offerts par Hamid al-Ahmar.

La délicatesse du président Saleh, ordonnant aux forces de sécurité de tirer sur des chefs tribaux engagés dans une médiation dont il aurait pu tirer profit, n’a pas eu les effets escomptés par ce stratège brutal en fin de parcours,  jusqu’ici accoutumé à provoquer avec succès des divisions entre tribus, puisque désormais des tribus indécises ou spectatrices sont déterminées à prendre les armes : Hashed, Bakil, Mur’ad, Yafi‘…

Deuxième famille en importance au sein des Hashed, la famille Abou Shouwarib qui tire son prestige de l’aura de son ancien chef, aujourd’hui décédé, Mujahid Abou Shouwarib s’est rallié aux al-Ahmar ; son chef a été blessé lors de l’attaque du 22 mai. L’autre confédération la plus importante du Yémen, celle des Bakil, moins puissante mais numériquement plus importante, s’est également ralliée en la personne de son chef cheikh Najial-Shayif ; ralliement également d’une de ses grandes familles, les Abou Louhoum, dont un des chefs a été tué.

L’assaut donné contre la résidence de Sadiq al-Ahmar a provoqué la mort d’une dizaine de chefs de tribus : Mohammed bin Mohammed Abou Louhoum, Naji Ahmed al-Tahefi, ‘Abdallah Mabkhout al-Darhani, Sadiq Qa’aban, Mouqbil Hassan Garoun…blessé les autres, provoquant l’appel à la vengeance de leurs tribus respectives. Des tribus jusqu’ici, certes opposées au maintien au pouvoir de Saleh, sans être véritablement impliquées aux côtés des al-Ahmar sont désormais précipitées dans la bataille, appellent à la désertion de leurs membres dans les forces de sécurité ou l’armée, déclarent légitime l’assassinat du président Saleh pour venger leurs morts.

Autre acteur essentiel de la rébellion, le général « déserteur » ‘Ali Mohsen Saleh al-Ahmar, demi-frère du chef de l’Etat ou pour le moins apparenté à lui, mais par contre sans lien de parenté avec la famille al-Ahmar, est le maitre d’une force de frappe militaire dont le rôle sera déterminant : la 1ère division blindée (mieux connue sous la dénomination al-firqah, « la division »). Après avoir fait défection, en mars,  avec de nombreux officiers généraux, ‘Ali Mohsen ne semble pour l’heure pas avoir  engagé ses troupes dans les combats, se contentant de protéger les contestataires dans la capitale. Néanmoins, il ne pourra qu’intervenir si ses troupes venaient à être la cible des tirs des unités demeurés fidèles au régime ou pour protéger les membres de sa tribu qui ne manqueront pas de quitter leur fief de Khamir (‘Amran) pour rejoindre Sana’a.

Son rôle politique sera plus difficile à cerner : honni par la population ; ancien bras séculier du régime ; chiite zaïdite de naissance devenu sunnite radical, proche des Frères Musulmans et des salafistes ; homme d’affaires corrompu (trafic de carburant…) ; un pédigrée qui rendra difficile l’illusion d’un changement de régime.

De son côté, le président Saleh peut compter sur l’appui de son entourage familial proche et d’une partie de la tribu des Sanhan  qui ont  noyauté de nombreuses structures de l’appareil de sécurité et de défense :

 

- Ahmad ‘Ali ‘Abdallah Saleh, son fils, chef de la Garde républicaine (garde prétorienne de 12 000 hommes) et commandant des forces spéciales (3 000 hommes rattachés au ministère de la défense) ; fils aîné jusqu’ici pressenti pour lui succéder à la tête de l’Etat ;

 

- Tareq Mohammed ‘Abdallah Saleh, neveu du président, chef de la sécurité présidentielle ;

 

-Yahya Mohammed ‘Abdallah Saleh, neveu du chef de l’Etat, chef des forces de la sécurité centrale (ministère de l’intérieur), bureau de la sécurité nationale chargé de la lutte antiterroriste ;

 

-  Mohammed Saleh al-Ahmar, demi-frère du président, chef d’état-major des  forces aériennes.

 

Depuis quelques jours, les unités de la Garde Républicaine et les avions de chasse de l’armée de l’air constituent le fer de lance de la contre-offensive lancée par le régime contre les tribus. Leur allégeance au pouvoir central n’a néanmoins rien d’indéfectible, l’exemple d’ ‘Ali Mohsen en témoigne ; le 26 mai un commandant important de la Garde Républicaine, unité la plus dévouée au régime, a appelé à la désertion ; l’appel des chefs tribaux devrait accélérer le mouvement. Les premières victoires tactiques de la rébellion ne manqueront pas non plus de provoquer des défections ; le 27 mai, les rebelles se sont emparées de la base de la 26ème brigade de la Garde Républicaine au nord de Sana’a…

 

Désormais confronté à une singulière conjonction de mouvements d’opposition tous déterminés à le faire chuter : mouvement de contestation civile, opposition politique constituée, tribus, rebelles houthistes au Nord du pays, sécessionnistes au Sud, rebelles des forces armées ; le maréchal-président Saleh compte ses jours à la tête du pays et réussit lui aussi une singulière conjonction : « Ils me haïssent et ne me craignent plus ». (‘Ali ‘Abdallah Saleh selon Cicéron – De Officiis).

 

The New York Times, Evasions By Leader Add Chaos In Yemen, 25/05/11

The New York Times, Fighting Intensifies in Yemen as the Government Battles Tribal Groups, 24/05/11

The Guardian, Yemeni president adamant he 'will not leave power', 25/05/11

The Guardian, Yemeni soldiers clash with tribal leader's guards in Sana'a, 24/05/11

Foreign Policy, Who’s Who in Yemen, 26/05/11

BBC, Yemen unrest: Saleh's rivals enter elite power struggle, 26/05/11

Armies of Liberation

Yemen Post

Waq al-Waq

Al-bab

Yemen Times

Yemen Rights Monitor

Yemen Revolution News

 

 

 

 

Par Abou Anaïs - Publié dans : Yémen
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